HISTORIQUE
La Loi constitutionnelle de 1867 a créé le Sénat à l’image de la Chambre des lords britannique. Au lieu d’un nombre illimité de pairs héréditaires, jouissant des droits et privilèges des personnes de ce rang, on a toutefois décidé d’instituer un nombre limité de « sénateurs à vie » jouissant des mêmes droits et privilèges que les députés. De même, les privilèges, immunités et pouvoirs du Sénat, par opposition à son rôle, devaient être les mêmes que ceux des Communes.
La similitude entre le Sénat et la Chambre des lords est aussi évidente du fait que le poste de président a été modelé sur celui du Grand Chancelier. La nomination du Président, par le Gouverneur général, est la prérogative personnelle du Premier ministre et n’est pas soumise à la ratification du Sénat. Comme pour le Grand Chancelier, il était initialement entendu que le poste de président serait de nature partisane et que le Président pourrait quitter le fauteuil pour prendre part au débat et exercer son droit de vote. Bien que ce ne soit pas fréquent de nos jours, le Président a toujours le droit de participer au débat à la condition de quitter le fauteuil. Il conserve aussi une voix délibérative et il est le premier à voter lorsqu’il se prévaut de ce droit bien qu’en pratique il le fasse rarement .
En 1867, aucun pouvoir ni aucune responsabilité n’ont été conférés au Président pour faire appliquer le Règlement. Le Sénat, à l’instar de la Chambre des lords, était en grande partie autonome. Jusqu’en 1906, il est demeuré fidèle à la tradition de la Chambre des lords selon laquelle le Grand Chancelier n’intervient dans un débat pour trancher une question de procédure qu’à la demande d’un membre de l’assemblée. Le Président n’avait pas plus d’autorité qu’un autre sénateur, sauf dans la mesure où « son prestige personnel et la dignité de sa charge donnaient du poids à ses avis et lui permettaient d’obtenir le consentement de la Chambre » (Erskine May, 18 e éd.).
Au cours des années 1890 et au début du siècle dernier, la turbulence occasionnelle de certains sénateurs a amené le Sénat à rompre avec la tradition de la Chambre des lords et à donner plus d’autorité au Président. La révision du Règlement du Sénat en 1906 lui a conféré à peu près les mêmes pouvoirs qu’à son homologue de la Chambre des communes. Un nouvel article précisait simplement que le Président « doit maintenir l’ordre et le décorum, et doit trancher les rappels au Règlement sous réserve d’un appel au Sénat ».
Depuis, le poste de Président a continué d’évoluer et son rôle dénué d’esprit partisan ressemble de plus en plus à celui des présidents d’autres assemblées législatives modelées sur Westminster. Alors que les sénateurs peuvent faire un rappel au Règlement, c’est le Président qui décide si suffisamment d'arguments ont été présentés pour qu'il puisse prendre sa décision. En 1991, le Règlement du Sénat a été modifié en vue de l’autoriser à prendre l’initiative d’invoquer le Règlement pour faire régner l’ordre au Sénat. Il peut également suspendre une séance pendant tout au plus trois heures en cas de désordre grave. Toutes les décisions du Président peuvent toutefois, encore aujourd’hui, faire l’objet d’un appel sauf celles concernant l’expiration du temps de parole d’un sénateur.
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