| Ils venaient de Saintonge, de
Normandie, dAnjou, du Poitou. Dans ce continent vierge, ils se taillèrent un pays.
Des liens privilégiés unissent encore le Canada à la France, comme le rappelle ce
sénateur québécois. Aujourdhui à
laube dun nouveau millénaire, on a peine à imaginer qui étaient ces «
Français », nos ancêtres, pour quitter le Poitou ou l'Anjou, la Saintonge ou la
Normandie et venir tenter l'aventure au pays des « sauvages ». Pour noms: Champlain,
Radisson, Des Groseilliers, Jolliet, Marquette, Cavelier de La Salle, explorateurs en
canot d'écorce de tout un continent, de la baie d'Hudson à la Louisiane. Mais
aussi ces milliers d'autres, les sans-nom, les sans-grade, les costauds, ces Français
qui, à peine débarqués, triment de la hache et de la pioche pour se tailler un lopin de
terre; et tous ces autres «voyageurs», coureurs des bois, trappeurs.
Pour devenir membre du célèbre Beaver Club (le Club des
castors fondé en 1785 et toujours actif), il fallait passer au moins un hiver à la dure
dans l'arrière-pays, après avoir l'automne pagayé 3000 kilo.. le mètres, puis
redescendre au printemps, le canot débordant des précieuses fourrures, à manger du les
pemmican (sorte de graisse animale mêlée à des baies sauvages ou des pois secs) pour se
donne ors du souffle et du coffre, et à dormi ), il sous les sapinages, à la belle
étoile à la Non, ces Français, nos ancêtres, n'étaient pas douillets: ils se
battaient avec l'Indien, se scalpaient l'un l'autre le crâne, et avaient bien vite appris
de lui l'embuscade, la surprise, en somme la guérilla qui n'avait rien, faut-il le dire,
de la guerre en rangées. Celle-là, en 1760, la Métropole la perdra aux mains de
l'Angleterre; l'autre, elle l'a gagnée, et ce sont ces Français qui ont bâti notre pays
et forgé notre caractère. Tous tant que nous sommes, les «Voltigeurs» (noms donnés
aux bataillons des Canadiens français), nous avons hérité d'eux le goût de la forêt,
la liberté, la chaleur spontanée des gens qui domptent les éléments. Ces Français ne
faisaient pas dans la dentelle, ils avaient à tailler un nouveau pays. C'est ainsi que
nous sommes entrés dans le XXe dans la Grande Guerre où près de 620000 d'entre nous,
Canadiens ( français et Canadiens anglais, s'enrôlèrent pour défendre la mère patrie;
68 304 y trouvèrent la mort (plus que tous ceux qui choisirent de rester au Canada à la
signature du traité de Paris en 1763). Et le cauchemar de reprendre à la Seconde Guerre
mondiale: 1 million de Canadiens ont servi ; 47737 y laissèrent leur vie, la
majorité sur les plages de Normandie,
Le début de ce siècle fut cruel. S'il a cimenté dans le
sang et les blessures des liens trois fois centenaires, il aura aussi ouvert la voie à un
rapprochement unique dans le respect et la défense réciproques des valeurs de liberté
et de dignité de la personne. En somme, engagés côte à côte dans un projet de
civilisation humaniste.
Ce grand dessein, il a été esquissé par des hommes de
culture: André Malraux, et Georges Émile Lapalme, ministre des Affaires Culturelles du
Québec en 1961; il trouvera son cadre dans un accord culturel avec la France paraphé par
le Canada en 1965. Depuis il s'est développé de manière quasi phénoménale, et ce,
dans tous les secteurs : économique, scientifique, social et culturel.
La France se classe au septième rang parmi les
partenaires commerciaux du Canada et est le troisième client du pays en Europe. La France
importe du Canada pour 1,5 milliard de dollars canadiens l,5 milliard de dollars canadiens
et exporte vers le Canada pour 5, 1 milliards de dollars. Les investissements canadiens en
France ont septuplé depuis dix ans pour atteindre 3,8 milliards de dollars; quant aux
investissements français au Canada, ils ont triplé pour franchir les 5,27 milliards de
dollars. Près de 40% des sociétés françaises implantées au Canada sont au Québec:
électronique, technologies de l'information, aérospatiale, produits pharmaceutiques,
mines, services bancaires, assurances, etc. Mais au-delà des marchandises, il y a, de
part et d'autre de l'Atlantique, tout ce brassage d'hommes et de femmes qui nouent un
écheveau complexe d'échanges privilégiés: universitaires, chercheurs, auteurs,
investisseurs, gestionnaires, informaticiens, programmeurs, étudiants, professeurs. Tout
un faisceau d'accords de coopérations scientifiques, de coproductions cinématographique
et télévisuelle, ainsi que pour le multimédia, la formation et le perfectionnement :
chaque année, des milliers de Français et de Canadiens, et singulièrement de
Québécois, se frottent aux disciplines du XXle siècle.
Cet intérêt trouve son écho dans le tourisme: un
million de Français et de Canadiens font l'a1ler-retour entre l'Hexagone et les neiges de
Voltaire. Cette complicité entre sociétés trouve son aboutissement dans la
francophonie. Le Canada est le seul territoire où la francophonie a progressé au XXe
siècle : s'il a deux langues officielles, c'est surtout pour garantir au français, dans
un continent saxon, son aire de rayonnement et de diffusion.
C'est ce qui en fait pour la France le plus important
partenaire de la francophonie, épaulé et vivifié par
un Québec vigoureux, empressé de porter sa voix aux
quatre coins du monde et une Acadie nouvelle, surprenante de vitalité.
Les Premiers ministres de nos deux pays, MM. Jospin et
Chrétien, ont bien exprimé en décembre dernier l'alliance stratégique qu'ils ont
cimentée, face au poids de la présence américaine: la reconnaissance et le respect de
l'exception de culturelle ou, mieux, de la diversité culturelle dans un monde de
communications globales. « Plus près de notre identité, nous défendons le droit des
créateurs de voir leurs créations arriver vers tous , de les publics dans des
conditions qui eau soient vraiment équitables. "
Oui, cette aventure de France en terre d'Amérique
canadienne, c'est une « épopée des plus brillants exploits » comme le célèbre
une strophe de notre hymne national.
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