La Constitution
Motifs pour appuyer le repatriement de la Constitution
Débats des Communes, 30 novembre 1981
L'hon. Serge
Joyal (ministre d'État): Monsieur le Président, plusieurs orateurs au cours de
ce débat en ont souligné le caractère historique puisqu'il marque la dernière étape
«canadienne» de l'accession de notre pays au statut d'État pleinement indépendant, en
fait et en droit. Cette étape, en effet, marque la fin d'une longue évolution commencée
en 1791 par l'élection d'assemblées législatives démocratiques. L'une des faussetés
les plus largement répandues ces derniers temps est de prétendre que cette longue marche
vers l'indépendance se soit faite et se termine sans le Québec. Et on se scandalise, en
certains milieux, parce que cette dernière étape est marquée par une lutte parfois
acerbe entre deux Québécois, comme si c'était la première fois qu'une telle querelle
se produisait.
La vérité historique est bien différente. En fait, de Louis-Hippolyte
Lafontaine à Pierre Elliott Trudeau, d'illustres Québécois ont toujours été à
l'avant-garde de notre longue évolution vers l'indépendance du Canada. Par ailleurs, il
est également et malheureusement vrai de dire que de Louis-Joseph Papineau à René
Lévesque, il s'est toujours trouvé d'autres Québécois pour s'opposer à cette
évolution et défendre le statu quo avec acharnement. Il est bon, je crois, de
rappeler ces faits aujourd'hui afin de placer le présent débat dans son véritable
contexte historique.
C'est Louis-Hippolyte Lafontaine qui accepta, au cours des années 1840, de
réparer les dégâts politiques causés par Louis-Joseph Papineau suite à la rébellion
de 1837-1838 et qui parvint, grâce à son alliance avec Robert Baldwin, à rétablir
l'usage du français à l'assemblée législative et à obtenir le gouvernement
responsable. Et pourtant il eut à subir les attaques constantes et acharnées de Papineau
revenu de l'exil et de ses disciples, alors dirigés par Nielson et Viger. C'est
d'ailleurs ce qui faisait dire à Joseph Cauchon de Papineau en 1848 et je cite:
Il y a des hommes puissants à détruire, mais qui
n'ont jamais rien élevé sur les ruines qu'ils ont faites.
En 1867, il n'y aurait pas eu la
Confédération et le fédéralisme canadien et ce fédéralisme n'aurait pas été aussi
décentralisé sans rapport essentiel de George Etienne Cartier. Ce sont encore Papineau
et ses disciples, cette fois dirigés par Antoine-Aimé Dorion, qui se sont opposés au
projet de fédération et qui ont attaqué Cartier avec violence. Pourtant c'est à
Georges Étienne Cartier que nous devons l'initiative de la codification du droit civil au
Québec et la juridiction exclusive de la province à cet égard.
Au début de notre siècle, Wilfrid Laurier décidait de s'opposer aux
visées impérialistes de Londres et d'affirmer l'autonomie politique du Canada à propos
de la question navale. Le projet de loi sur la marine présenté en 1910 impliquait pour
la première fois dans notre histoire la définition du statut du Canada comme un pays ni
pleinement indépendant de l'Empire, ni totalement intégré à ce dernier. Pour Laurier,
c'était là une occasion pour le Canada d'assumer ses responsabilités tout en se
démarquant de l'Empire. Pour les tories de l'Ontario, ce geste constituait un manque
grave de loyauté envers l'Angleterre. Pour les conservateurs québécois et les
nationalistes d'Henri Bourassa, c'était là un geste colonial inacceptable. Cette
question de l'autonomie du Canada devint l'un des enjeux majeurs de réélection de 1911.
Laurier fut battu grâce à l'étrange alliance des tories impérialistes et des
nationalistes québécois. Omer Héroux, dans un article publié dans le journal Le
Devoir, le 29 décembre 1911, confirmait une fois de plus que souvent les extrêmes se
touchent, et je cite:
La marine de Laurier a été rejetée parce qu'elle ne satisfaisait
personne, ni les nationalistes, ni les impérialistes. Les uns et les autres sont
tombés d'accord pour étouffer cette politique bâtarde. C'était logique et fatal.
On pourrait ajouter qu'après la défaite de Laurier, il était
aussi logique et fatal que le point de vue des impérialistes triomphe et non celui des
nationalistes.
Quant à Laurier, il déclarait, non sans dépit, au début de
1912, et je cite:
Pour mes péchés, je suis obligé de lire Le Devoir tous
les jours.
Et il ajoutait, et je cite:
Je vous disais tout à l'heure que nous avons été attaqués par
tous les extrémistes; ceux qui nous ont attaqués avec le plus d'amertume, avec le
plus de violence et le plus d'injustice, ce sont ceux qui ont pris le nom de nationalistes
dans ce pays-ci. Notre politique avait le don de les exaspérer; nos idées de modération
les mettaient en fureur, et le seul mot de conciliation leur mettait l'écume à la
bouche. A les entendre, il n'y avait rien de bon à Ottawa; les libéraux, dont ils se
trouvaient séparés, ne valaient rien; les conservateurs valaient encore moins.
Ernest Lapointe, bras droit de Mackenzie King, fut une
figure dominante du Canada entre les deux guerres mondiales. En 1923, malgré les
réticences de Londres, il fut le premier représentant canadien à signer seul un traité
international avec les États-Unis. Lors d'une conférence fédérale-provinciale en
novembre 1927, Lapointe, à titre de ministre de la Justice du Canada, proposait que notre
pays devrait avoir le droit de déterminer lui-même sa destinée tant sur les plans
international que national, et se donner le pouvoir de modifier sa propre Constitution. Le
Statut de Westminster, dont il fut l'un des principaux négociateurs et qui fut adopté en
1931, consacra l'indépendance externe et interne du Canada. Malheureusement, grâce à
l'insistance de Taschereau, alors premier ministre du Québec, qui fut à ce propos
appuyé par les nationalistes québécois, Londres conserva le pouvoir de modifier la
Constitution du Canada.
En 1949, Louis St-Laurent, alors premier ministre du pays fit adopter des projets de loi
faisant de la Cour suprême du Canada le tnbunal de derniere instance pour toutes les
causes canadiennes, y réservant trois des neuf sièges pour les représentants du
Québec, et attribuant au Parlement canadien le pouvoir d'amender sa propre Constitution
sans avoir à passer par Londres. Cette fois, ce fut Maunce Duplessis, toujours
appuyé par les nationalistes québécois, qui protesta contre ces mesures
d'émancipation. En 1952, ce fut encore Louis St-Laurent qui décida qu'il était temps
que le poste de gouverneur général soit occupé par un Canadien.
En 1964, grâce à un engagement pris par Lester B. Pearson sur l'insistance de ses
collègues québécois dont M. Maurice Lamontagne, le projet d'un drapeau canadien fut
adopté par le Parlement. L'on tentait depuis 1925 de doter le Canada d'un emblème
distinctif. Les circonstances politiques de l'époque voulurent que les progressistes
conservateurs s'opposent à ce projet. Pourtant aujourd'hui, nul ne songe à mettre en
doute, sauf les séparatistes du Québec, la fierté que la très grande majorité des
Canadiens ressentent devant notre drapeau. Quant à l'hymne national du Canada, adopté
par le Parlement en juin 1980, il fut composé cent ans plus tôt par le musicien
québécois Calixa Lavallée avec des paroles du juge Alphonse Basile Routhier. Sa version
anglaise date de 1908. C'est un autre Québécois, Pierre EIliott Trudeau, qui en proposa
l'adoption.
Ce que j'ai voulu souligner par ce bref rappel des étapes qui ont
marqué révolution de notre pays vers sa pleine émancipation, c'est que les Québécois
y ont toujours joué un rôle de premier plan. Que ce soit comme chefs du parti libéral,
comme ministres de la Couronne ou comme simples députés et sénateurs, les Québécois
libéraux ont toujours cru qu'il leur fallait continuer l'uvre entreprise par
Lafontaine et la mener à terme. Parfois, ce fut au prix d'une défaite électorale,
parfois sous des attaques et des injures de toutes sortes, mais toujours comme
aujourd'hui, ils ont cru qu'il fallait poursuivre la lutte. Ces Québécois, à chaque
étape, étaient convaincus d'exprimer, de refléter les préoccupations de leurs
compatriotes francophones dans cette l'uvre qui consiste à façonner un pays.
Malheureusement, ils ont toujours rencontré sur leur route
d'autres Québécois qui avaient peur du changement, et qui, défendaient le statu quo au
nom d'une survivance et d'un complexe d'infériorité dépassés. Dans ce contexte, on
comprend mieux les luttes acerbes que nous vivons aujourd'hui. Elles se situent non pas au
niveau de conflits entre deux personnalités mais plutôt dans une continuité historique,
entre deux groupes de Québécois ayant des conceptions fondamentalement différentes de
l'avenir de leurs compatriotes. Pour ma part, je suis fier de constater que les
Québécois aient décidé à chaque grand moment de leur histoire de choisir la voie
que leur avait indiquée Lafontaine, plutôt que celle que Papineau voulait leur
faire suivre, et qui conduisait directement à l'annexion aux États-Unis.
Aujourd'hui, nous sommes sur le point de
franchir l'étape la plus importante de notre histoire constitutionnelle depuis
l'avènement de la Confédération, non seulement parce que nous allons bientôt acquérir
notre indépendance constitutionnelle complète, mais encore et surtout parce que nous
allons nous assurer que dorénavant les provinces auront le droit strict de jouer un rôle
essentiel dans l'évolution constitutionnelle de notre pays et que les Canadiens jouiront
de droits fondamentaux protégés contre les caprices de l'État, et qu'enfin le Canada
deviendra un pays commis pour toujours à l'égalité de statut et de droit du français
et de l'anglais.
Plusieurs de nos prédécesseurs ont tenté de réaliser cet objectif.
Lapointe, St-laurent, Favreau et même le premier ministre (M. Trudeau) actuel, à
Victoria et plus récemment à Ottawa en 1980, ont dû se rendre à un constat d'échec et
remettre à plus tard cette dernière et fondamentale étape.
Encore ici, ils ont toujours rencontré sur leur chemin les défenseurs du statu
quo, les continuateurs conscients ou non de Papineau.
Notre histoire s'est écrite en dépit de ce nationalisme de résistance et de
simple survivance. Selon cette doctrine, autrefois, c'était la langue, gardienne de la
foi; aujourd'hui, c'est la langue, gardienne de la nation. Ce nouveau cléricalisme n'est
qu'un piège. Il risque de nous faire rater le Canada de l'an 2,000, comme l'ancien nous a
marginalisés pendant plus de 100 ans dans une société rurale à l'écart du
développement de la société industrielle.
Le défi québécois n'est plus d'assurer la prédominance de la langue et de
la culture française au Québec. Cet objectif est déjà atteint. Selon les chiffres
officiels, 86.2 p. 100 des jeunes Québécois sont présentement inscrits dans le secteur
français du système d'enseignement; le nombre d'élèves dans les écoles anglaises est
passé de près de 250,000 avant 1975 à 168,000 aujourd'hui, ce qui représente une
diminution de 33 p. 100 en six ans. Même avec la clause Canada, l'invasion du Québec par
les anglophones des autres provinces n'est pas à craindre. C'est plutôt le contraire qui
se produira. le nouveau défi québécois au niveau culturel, c'est l'amélioration de la
qualité de notre langue et de notre culture. C'est à chacun de nous qu'il appartient de
relever ce défi. Notre voisinage avec les États-Unis rend cet objectif plus difficile,
mais alors il est faux de prétendre que la séparation du reste du Canada le rendrait
plus facile.
Un autre impératif majeur qui s'impose aux Québécois, c'est la
prospérité et la croissance économique équilibrées. Plusieurs scénarios, notamment
celui que présentent Julien, Lamonde et Latouche dans leur livre intitulé Québec 2001,
une société refroidie, président une crise grandissante de la structure
économique du Québec. C'est une tromperie de prétendre que les Québécois surmonteront
cette crise économique plus facilement par la séparation qu'en restant à l'intérieur
du Canada avec les immenses paiements de transferts que cette appartenance suppose et qui
seront dorénavant, à la suite de l'adoption de la résolution, perçus par le Québec au
titre d'un droit strict inscrit dans la nouvelle constitution.
J'ai bien peur que, même si nous consacrons nos meilleurs efforts à
lutter contre cette crise structurelle de notre économie, nous ne parviendrons pas à la
surmonter complètement. Au cours des deux prochaines décennies, c'est surtout
dans l'Ouest canadien que se créeront les emplois. Un nombre grandissant de
Québécois francophones décideront vraisemblablement de participer à une deuxième
grande ruée vers l'Ouest. Le mouvement migratoire, d'ailleurs, est déjà commencé. De
1976 à 1980, la moyenne annuelle de l'émigration nette du Québec vers les autres
provinces s'est élevée à 33,300 habitants. Cette moyenne sera de 32,000 de 1980 à 1985
selon les projections préparées par le groupe d'étude sur le Développement du marché
du travail. En prolongeant cette projection jusqu'à l'an 2000, on pourrait donc estimer
jusqu'à environ 640,000 citoyens l'émigration nette du Québec au cours des prochaines
décennies.
Dans ce contexte, il faut éviter les erreurs commises au cours de la
première grande ruée commencée dans la deuxième partie du siècle dernier et où
900,000 de nôtre quittèrent définitivement le Québec. Un autre grand défi à relever
consiste donc à améliorer considérablement le climat linguistique et culturel des
collectivités francophones hors Québec de façon à assurer l'épanouissement de ces
minorités. C'est un défi qui n'a malheureusement jamais été la priorité du
gouvernement du Québec. Mais le gouvernement canadien, depuis 1963 et surtout au cours
des années 1970, l'a accepté grâce particulièrement au courage et à la persévérance
du premier ministre actuel du Canada. La loi sur les langues officielles, des subventions
fédérales spécifiques aux provinces et aux groupes francophones, le prolongement des
réseaux francophones de radio et de télévision d'un bout à l'autre du pays constituent
autant de mesures prises par le gouvernement canadien en vue d'améliorer le sort des
minorités francophones.
La résolution dont nous discutons présentement constitue une autre
étape très importante dans le même sens. Certes elle ne va pas assez loin. Il n'en
reste pas moins qu'elle inscrit dans la Constitution les pleins droits linguistiques des
Acadiens du Nouveau-Brunswick, et le droit des autres francophones hors Québec à
l'éducation dans leur langue aux niveaux primaire et secondaire à travers le pays. Il
restera sans doute encore une immense tâche à accomplir, mais je suis convaincu que nous
y parviendrons avec patience et courage. Dans cette perspective, je ne comprends pas ceux
qui s'opposent à la présente résolution parce qu'elle ne va pas assez loin, mais qui
refusent par le fait même le progrès substantiel qu'elle garantit. Ils se font eux
aussi, sans doute inconsciemment, les défenseurs du statu quo.
Enfin, il y a un autre droit strict que la résolution consacrera
dans la Constitution, c'est celui des provinces à participer dorénavant de plein droit
à l'évolution constitutionnelle du pays. La Cour suprême du Canada décidait récemment
que même s'il existait une convention exigeant un consensus des provinces à tout
changement constitutionnelles concernant, le Parlement fédéral avait le droit strict
d'effectuer de telles modifications de façon unilatérale. Il s'agit là, à mon avis,
d'une anomalie incompatible avec un véritable fédéralisme car une simple convention qui
ne donne aucun recours juridique n'est pas une garantie suffisante pour la protection des
droits et des pouvoirs provinciaux.
C'est précisément cette anomalie inacceptable que la résolution
corrigera avec sa formule d'amendement. Certes, cette formule n'est pas idéale, mais elle
assure ou moins la souveraineté culturelle du Québec. Pour ma part, et comme d'autres
députés ministériels, j'aurais préféré la formule de Victoria, qui accordait un
droit de veto au Québec. Il est dommage que M. René Lévesque, à l'instar du
gouvernement canadien et de ceux de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick, n'ait pas favorisé
cette formule quand il était temps. En somme, il est infiniment déplorable que le
gouvernement du Québec n'ait fait aucun véritable effort pour améliorer la présente
résolution de façon à pouvoir y donner son accord sans faire de surenchère ou
d'ultimatums inacceptables. Et pourtant, à bien y réfléchir, nous aurions dû nous
rendre compte, au point de départ, que cet accord était impossible. Le gouvernement
péquiste ne pouvait pas abandonner l'article premier de son programme qui porte sur la
souveraineté. Comme il l'affirmait dans son Livre blanc, il ne croit pas au fédéralisme
renouvelé. Je cite:
De l'avis du gouvernement du Québec, l'histoire lamentable des tentatives
aussi vaines que nombreuses, de révision de la Constitution, prouve combien il est
illusoire, désormais, de penser renouveler le fédéralisme de façon à contenter à la
fois le Québec et le reste du Canada.
Non seulement les péquistes ne croient pas au fédéralisme renouvelé, mais
ils n'en veulent surtout pas. Ce sont eux-mêmes qui le disent. J'invoque à cet égard
une déclaration faite le 25 novembre dernier à la Presse canadienne par M. Sylvain
Simard, récemment élu vice-président du Parti québécois, grâce à l'appui de M.
René Lévesque. J'ai trouvé cette déclaration dans le journal The Citizen du 26
novembre et, malheureusement, je ne l'ai pas retrouvée dans le journal Le Devoir. Je
la cite donc en anglais:
Personnellement, je craignais que la mission de Lévesque (à Ottawa) ne
connaisse un certain succès ou ne débouche sur une entente.
Le référendum (de 1980) l'a forcé à jouer le jeu (du fédéralisme), mais
c'était un jeu extrêmement dangereux pour nous parce qu'une entente nous aurait
paralysés pour des années.
C'est le vice-président du Parti québécois qui s'exprime ainsi. Si on veut
discuter d'une entente avec le représentant actuel du gouvernement du Québec, mieux vaut
garder cette déclaration à l'esprit.
Voilà la vérité sans voile. Les péquistes n'ont jamais
véritablement voulu conclure une entente. M. Lévesque ne peut accepter de saborder le
Parti québécois au profit du défi canadien. Et pour tenter de convaincre les
Québécois de favoriser l'indépendance, il recourt à tous les moyens, même à la
propagande mensongère contre le gouvernement canadien, qu'il dit coupable de tous les
maux, de toutes les trahisons et de tous les envahissements. A cet égard, le tabloïd
distribué récemment par le PQ et intitulé C'est souverainement le temps illustre
bien cette malhonnêteté que peu d'observateurs soi-disant impartiaux au Québec ont le
courage de relever. Je ne soulignerai ici que deux de ces faussetés.
La publication péquiste affirme, et je cite:
La même année (en 1927) Ottawa s'emparait d'un domaine de compétence
québécoise: les pensions de vieillesse.
Il est faux de dire qu'Ottawa s'est emparé de ce domaine. La
preuve, c'est que le gouvernement du Québec a établi son propre régime de retraite en
1965. De plus, lorsque le gouvernement canadien a proposé son programme de sécurité de
la vieillesse en 1950, il a procédé par un changement constitutionnel accepté par
toutes les provinces. M. Duplessis, alors premier ministre du Québec, s'exprimait ainsi,
en anglais, lors de la conférence fédérale-provinciale convoquée à cette fin, et je
cite:
Nous sommes disposés, voire heureux. de collaborer avec Ottawa. S'il
apparaissait opportun, vu les circonstances, d'apporter des modifications à la
constitution en ce qui concerne les pensions de vieillesse, nous les envisagerions de
l'il plus favorable.
Comme on peut le constater, on est loin du coup de force dont parle
aujourd'hui le Parti québécois, Voilà une autre citation de la publication du PQ, et je
cite:
En 1941 Ottawa s'ingère dans un domaine social qui appartenait exclusivement
aux provinces: l'assurance-chômage.
Ce que la publication péquiste ne dit pas, c'est qu'à cette occasion également, la
Constitution fut modifiée avec l'assentiment de toutes les provinces, y compris le
Québec. Comment pouvait-il y avoir ingérence, si la Constitution avait été changée à
l'unanimité pour permettre à tous les Canadiens de bénéficier de cette grande mesure
sociale? D'ailleurs, les procureurs du gouvernement du Québec devant la Cour suprême du
Canada, en avril dernier, alléguaient eux-mêmes que le Québec avait toujours librement
consenti antérieurement aux amendements apportés à la Constitution canadienne.
Mais la propagande du Parti québécois ne s'embarrasse pas de ces
contradictions, C'est ainsi que la publication péquiste utilise le langage le plus
excessif et le plus mensonger pour tenter de provoquer la haine contre le gouvernement
canadien, alors que celui-ci a doté notre pays dans le meilleur intérêt des Québécois
d'un des systèmes de sécurité sociale les plus généreux au monde dans le respect le
plus strict de la Constitution. Et pourtant, selon les péquistes, Ottawa s'empare, Ottawa
s'ingère, Ottawa arrache, Ottawa envahit. C'est avec une telle propagande que le
gouvernement du Parti québécois amorce sa campagne en faveur de l'indépendance qui
pourrait, nous dit-on, conduire d'abord jusqu'à la désobéissance civile. Ce
gouvernement se préparerait ainsi à renouveler l'expérience malheureuse de Papineau à
laquelle la grande majorité des Québécois n'ont pas participé, mais qui ne les a pas
moins menés temporairement à un cul-de-sac.
J'ai écouté avec beaucoup d'attention la proposition d'amendement faite par
l'honorable député de Provencher (M. Epp) et le sous-amendement présenté par
l'honorable député d'Oshawa et leader du Nouveau parti démocratique (M. Broadbent). Les
deux propositions ont été faites dans un souci sincère d'en arriver à un arrangement
ou à une forme d'accommodement acceptable au gouvernement du Québec. Sur le principe
même de la compensation fiscale, le gouvernement canadien ne s'oppose pas. D'ailleurs,
dans la résolution constitutionnelle déposée par l'honorable ministre de la Justice (M.
Chrétien), le 18 novembre dernier, le gouvernement a propose la compensation fiscale dans
les domaines relevant de l'éducation ou des affaires culturelles. Cependant, le très
honorable premier ministre vendredi dernier à la Chambre a fait part de la position des
premiers ministres signataires de l'accord du 5 novembre dernier. En tout réalisme nous
devons tenir compte de la position prise par les premiers ministres des provinces a cet
égard. Cependant, je me permettrai de relever que dans l'une et l'autre des propositions
mises de l'avant par I'honorable député de Provencher et l'honorable député d'Oshawa,
il y a une faille.
La première est celle de l'honorable député
de Provencher, une compensation fiscale totale. A cela, l'honorable député d'Oshawa
propose qu'on la limite plutôt au Québec. L'un et l'autre ne répondent pas à
l'objection fondamentale qui veut que l'on assure et qu'on garantisse que les amendements
constitutionnels qui viseraient à établir des programmes canadiens tiennent compte de la
possibilité particulière qu'auraient certaines provinces riches de pouvoir se retirer de
ces programmes.
L'honorable député d'Oshawa y répond: il voudrait plutôt limiter au seul
Québec les inconvénients que contient la compensation fiscale totale. Cependant, et
j'exprime à cet égard la position du gouvernement canadien, le gouvernement sera
toujours prêt à considérer à la prochaine étape de la réforme constitutionnelle des
propositions qui viseraient à répondre à cet objectif et qui nous permettraient de
rencontrer l'objectif souhaité par les honorables députés de Provencher et d'Oshawa.
Cependant, je ferai remarquer à l'un et à l'autre qu'à cette étape-ci, au moment où
nous avons obtenu l'engagement des neuf premiers ministres provinciaux à discuter dans un
avenir rapproché, une fois la Constitution rapatriée et la formule d'amendements
ultérieurs mise en place, je crois que nous pouvons nous satisfaire du fait que
l'objectif ou le principe même de la compensation fiscale est déjà accepté dans la
présente résolution constitutionnelle, que le gouvernement canadien prend l'engagement,
si c'est là le désir des autres provinces d'en discuter à la prochaine conférence
fédérale-provinciale et de trouver une formule qui rend compte des objectifs poursuivis
par l'honorable député d'Oshawa et des objections que nous avons déjà nous-mêmes
exprimées à cet égard, à savoir que le retrait automatique de toute province mettrait
en danger la mise sur pied de programmes qui devraient normalement être garantis à tous
les Canadiens.
De nouveau aujourd'hui, monsieur le président, je suis convaincu que la
grande majorité des Québécois ne succomberont pas aux tromperies et aux illusions que
leur offrent les péquistes. Ceux-ci au fond ne respectent pas la population du Québec.
Ils ne la connaissent pas vraiment. Le peuple Québécois n'accepte pas que ses dirigeants
oublient sa singularité, mais il ne tolère pas non plus qu'ils négligent les autres
aspects aussi importants de sa vie individuelle et collective qu'il partage avec ses
voisins nord-américains. Les Québécois veulent conserver leur spécificité, mais ils
ne désirent pas s'y voir Isolés, Ils n'entendent surtout pas être gouvernés uniquement
en fonction de leurs différences. C'est là précisément ce que les péquistes ne
veulent pas comprendre et ce que nous, députés libéraux du Québec, tentons toujours de
reconnaître. En ce sens, du moins, nous prétendons être plus près du peuple que ne
l'est le Parti québécois, même si celui-ci nous accuse de trahison.
Il est certes déplorable qu'au cours des dernières négociations il n'y ait pas eu au
niveau provincial un interlocuteur québécois valable. De là à prétendre que la
dernière étape que nous nous apprêtons à franchir vers l'émancipation de notre pays
se fera sans le Québec, il y a quand même toute une différence. Nous, les députés
libéraux du Québec, à la suite du très honorable premier ministre du Canada et de
l'honorable ministre de la Justice, avons été participants à part entière. Nous sommes
convaincus qu'en appuyant la présente résolution, nous nous situons dans la continuité
historique de nos prédécesseurs. Nous croyons également refléter le vreu d'un très
grand nombre de Québécois et respecter à la fois leur singularité et les liens
profonds qui les rattachent à un plus grand pays. Pour ma part, je suis reconnaissant au
premier ministre du Canada et à l'honorable ministre de la Justice de m'avoir associé à
cette l'vre historique, et je suis fier en tant que Québécois d'en avoir été
l'un des artisans.
M. Joyal: Monsieur le
présiderait, je suis très heureux que l'honorable député d'Oshawa souligne la position
que prend M. Ryan à cet égard.
Je me permettrai, toutefois, de lui rappeler que dans un télex qu'il a fait
parvenir au très honorable premier ministre du Canada le lundi 9 novembre, M. Ryan
proposait trois façons de régler le désaccord constaté lors de l'ajournement de la
conférence constitutionnelle du 5 novembre.
Sa première proposition consistait à reconnaître la compensation
financière dans les domaines reliés à l'éducation et aux affaires culturelles. Il
ajoutait: Je suggérerais, quant aux autres domaines de compétence provinciale, que l'on
aborde la discussion immédiate ou qu'on en inscrive la discussion au premier point à
l'ordre du jour de la conférence constitutionnelle suivante. Je me réfère au texte du
télex du 9 novembre dernier. Il proposait deux autres façons de régler les deux autres
points, d'une part, la clause Canada en ce qui concerne l'article 23 et, d'autre part, une
réévaluation de la clause relative à la mobilité.
Lorsque le très honorable premier ministre a
parlé devant le parti libéral du Canada, section Québec, dans la ville de Québec, il y
a 15 jours, il a proposé à la suite des instances que mes honorables collègues du
caucus du Québec lui ont faites par lettre, d'accepter la première suggestion de M.
Ryan, suggestion que l'on retrouve dans la résolution constitutionnelle déposée par
l'honorable ministre de la Justice le 18 novembre dernier. Par la suite, rhonorable
ministre de la Justice a dû consulter les autres premiers ministres des provinces,
signataires de raccord, pour obtenir leur assentiment à cet égard. Entre-temps, M. Ryan
a rediscuté avec ses collaborateurs, ses conseillers, et il a demandé que ron réévalue
la compensation financière pour rétendre probablement au domaine des communications et
entre autres à celui des affaires sociales.
Entre-temps dans les discussions qui ont eu lieu entre l'honorable ministre de
la Justice et les premiers ministres des provinces dans le contexte des discussions qui
devaient mener à la réinclusion ou à la réinsertion des clauses des articles 28 et 34,
en ce qui concerne les droits des aborigènes, les premiers ministres des provinces ont
laissé entendre au ministre de la Justice que c'était là raccord auquel ils voulaient
bien consentir pour satisfaire, à cette étape-ci, aux revendications mises de l'avant
par les représentants du Québec, ropposition officielle à Québec, et de ce côté-ci
de la Chambre. Par conséquent, le premier ministre a répondu partiellement à robjectif
d'une compensation financière totale. Ce que j'ai exprimé aujourd'hui c'est que le
gouvernement n'est pas opposé au principe d'étendre cette compensation, mais à cette
étape-ci il est lié par le télex, rentente qui a été exprimée par M. Bill Bennett
comme premier ministre, comme président de la conférence des premiers ministres des
provinces qui a dit clairement au gouvernement: Nous espérons que cette Chambre, que ce
Parlement-ci termine le plus rapidement possible le débat sur l'entente, que ron obtienne
le rapatriement dans les meilleurs délais et que ron s'assoie autour d'une table pour
reprendre les discussions à ce sujet.
D'une part pour répondre, bien sûr, aux objections ou aux désirs que
M. Ryan exprimait dans un second temps à régard de la compensation et, d'autre part,
pour tenir compte de robjection que rhonorable député d'Oshawa avait lui-même exprimée
il y a dix jours à la Chambre lorsqu'il avait dit: Eh bien, dans le domaine des
programmes sociaux, une possibilité de retrait avec compensation financière totale
pourrait causer des difficultés énormes dans la mise sur pied de nouveaux programmes
destinés à l'ensemble des Canadiens. Donc il y a probablement possibilité de discuter,
d'arriver à une formule qui rencontrerait à la fois ce que M. Ryan a proposé et ce que
lui-même et ce que nous-mêmes nous avons exprimé dans ce débat. Par conséquent, je
crois qu'en toute sagesse, ce que nous devons faire aujourd'hui, demain et mercredi midi,
c'est bien sûr continuer à débattre d'abord le sujet, parce que là-dessus les
opinions, comme l'honorable député d'Oshawa le reconnaît, ne sont pas fixées de façon
définitive. Et nous-mêmes, du côté du gouvernement, nous sommes prêts à discuter de
ce sujet au cours d'une prochaine conférence constitutionnelle, à continuer à débattre
cette question pour tenter d'en définir, d'en cerner les limites, mais d'autre part à ne
pas empêcher cette résolu- tion d'être adoptée le plus tôt possible pour qu'on puisse
continuer à satisfaire aux objectifs de M. Ryan, du parti libéral du Québec, aux
objectifs de l'honorable député d'Oshawa et aux objectifs très sincères de l'honorable
député de Provencher.
Par conséquent, je crois que c'est dans cette atmosphère que doit se
dérouler le débat au cours des prochaines heures et non pas dans une espèce de contexte
de surenchère où on essaierait d'en mettre tous un peu plus pour tenter de séduire
davantage le gouvernement du Parti québécois alors que l'honorable député et moi-même
savons qu'à cet égard, malheureusement nous sommes obligés de lire les déclarations
que les représe; tants dûment élus du Parti québécois font dans leurs congrès et
dans leurs assemblées politiques publiques.
Alors je pense que nous avons une responsabilité à l'égard des francophones
du Canada. Je suis très heureux de constater que l'honorable député d'Oshawa fait des
efforts à cet effet, et c'est précisément le piège que le Parti québécois voudrait
nous tendre, à savoir qu'à l'avenir, nous nous fermions à toute possibilité de
traduire les besoins particuliers du Québec. Et c'est ce que j'ai expliqué cet
après-midi, que nos prédécesseurs ont toujours fait des efforts pour traduire les
besoins particuliers du Québec. Je ne lui répéterai pas ce que Cartier a proposé à
cet égard, ce que M. St-Laurent a proposé à cel égard, ce que M. Pearson a proposé à
cet égard, et ce que nous-mêmes nous proposons à cet égard à ce moment-ci.
Il y aura une prochaine étape, et l'honorable député d'Oshawa, dont
le parti a toujours fait des suggestions constructives pendant tout le débat
constitutionnel, sera en mesure de continuer à participer à cette discussion. Et je lui
fais remarquer que l'une des choses fondamentales qui est changée par rapport aux
conférences constitutionnelles antérieures, c'est qu'antérieurement, le gouvernement du
Canada se présentail aux conférences constitutionnelles sans obtenir l'accord d'une
résolution de cette Chambre, sans avoir impliqué les comités parlementaires du Sénat
et de la Chambre des communes, et dorénavant, nous avons des précédents qui nous ont
utilement servis au cours des derniers mois, et je crois que si nous devons nous
présenter éventuellement dans une autre conférence constitutionnelle, ce sera en
ouvrant la porte à la participation de tous les députés, de tous les partis de cette
Chambre. Et c'est de cette façon, je crois, que nous répondrons utilement à l'objectif
mis de l'avant par l'honorable député et repris par M. Claude Ryan, leader du parti
libéral du Québec.
M. Joyal: Monsieur
l'Orateur, je remercie le député de Provenccher de sa question qui me donne l'occasion
de clarifier un aspect de la réponse que j'ai donnée au député d'Oshawa.
Je tiens à bien faire comprendre que le gouvernement ne s'oppose pas au
principe de la pleine compensation, car le gouvernement a déjà accepté rapplication de
ce principe à l'égard de renseignement et des affaires culturelles. Le député le
comprendra bien certainement.
J'ai cependant dit bien clairement au député d'Oshawa qu'à cette étape-ci, tous les
députés et tous les partis représentés à la Chambre avaient convenu à runanimité de
mettre fin au présent débat au plus tard mercredi à 3 heures.
Le président de la conférence des premiers ministres a déclaré sans
ambiguité dans un télex adressé au premier ministre vendredi dernier qu'à ce stade-ci,
les premiers ministres provinciaux ne sont pas disposés à rouvrir les discussions au
sujet de cet aspect en particulier. La position que j'ai énoncée à la Chambre est que
nous reconnaissons la possibilité de parfaire le document et que certains changements et
suggestions pourraient être constitutionnalisés plus tard. Cependant, à ce stade-ci, le
mieux serait de conclure le débat en continuant à discuter des conséquences d'une
indemnisation globale comme ront déjà fait le député d'Oshawa et le député de
Provencher. Nous savons que d'ici un an, aux termes de l'article 36, nous sommes tenus de
convoquer une conférence constitutionnelle au moins sur un point, la question des droits
des autochtones. A ce moment-là, nous aurons roccasion de rediscuter de cet aspect. S'il
émerge un consensus sur la nécessité de constitutionnaliser ces droits, nous aurons
recours à la formule d'amendement et aux processus prévus dans la constitution pour ce
faire. Je suis convaincu que si la bonne volonté qui anime le premier ministre du Canada
et les premiers ministres provinciaux comme le faisait justement remarquer le député ne
faiblit pas, nous pourrons certainement réaliser des progrès à ce sujet.
Si nous ne pouvons pas nous rendre à la suggestion de l'honorable
premier ministre Bennett et tenter d'améliorer le document sans être en mesure d'obtenir
le consentement unànime au cours des dernières heures du débat, ce genre de pression
malvenue pourrait causer le plus grand tort. Il ne faut pas miner la bonne volonté des
participants. Je pense que le député comprendra que le meilleur moyen de continuer à
progresser, comme cela a été prouvé dans les jours et les semaines passés, c'est de
débattre les questions sur le fond, comme ront fait les députés. Toutefois, il faut
s'assurer que cet objectif sera toujours au premier plan des préoccupations du premier
ministre du Canada et des premiers ministres provinciaux lors de la prochaine conférence
constitutionnelle pour qu'ils puissent reprendre la dissussion sur ce sujet en
particulier. Je pense que le consensus qui s'est dégagé jusqu'à maintenant est assez
satisfaisant.
M. Joyal: Je tiens à remercier le
député d'avoir posé cette question. Je crois qu'il serait possible de mettre en reuvre
un aspect de sa proposition. Toutefois, comme je l'ai déjà dit au député de Provencher
(M. Epp) et au chef du Nouveau parti démocratique, ces aspects pourraient être
débattus. Du moins, cela n'irait pas à l'encontre des vreux des premiers ministres
provinciaux qui ont signé l'accord le 5 novembre dernier.
Le député conviendra que si noùs nous mettons à modifier les choses
maintenant, nous créerons des tensions. Conformément à la bonne foi dont nous devons
faire preuve et comme l'a déclaré le premier ministre Bennett, nous devrions pour le
moment continuer à discuter ces amendements et sous-amendements en analysant toutes les
conséquences de leur adoption, mais laisser les choses telles qu'elles sont à l'heure
actuelle. La Chambre a convenu à l'unanimité d'amender la résolution en ce qui touche
les droits des autochtones et ceux de la femme. Je pense que nous sommes satisfaits de ce
que prévoit la résolution en matière de compensation, d'enseignement et de questions
culturelles. Je crois que tous les Canadiens, et surtout les Québécois, comprennent que
d'autres discussions demeurent possibles. Toutefois, en changeant quoi que ce soit à
l'objectif déjà fixé, nous risquerions, à mon sens, de compromettre vraiment tout
progrès qui pourrait survenir à la prochaine conférence constitutionnelle.
M. Broadbent: Monsieur l'Orateur, je voudrais poser une
question au ministre pour tirer complètement l'affaire au clair. Il prétend que le
gouvernement est disposé à envisager au moins deux possibilités et peut-être d'autres.
L'une, c'est la formule générale d'abstention qui a été proposée par le parti
conservateur et l'autre, c'est la formule d'abstention facultative que nous avons
proposée aujourd'hui et qui tiendrait compte de la situation unique de la province de
Québec dans la Confédération. Est-ce l'accord net auquel le ministre faisait allusion?
M. Joyal: Monsieur l'Orateur, je crois que n'importe quelle
suggestion sur une formule générale de compensation serait très utile à un stade ou à
un autre et qu'elle pourrait nous aider à prendre une décision sur ces deux
propositions. Je suis certain que la proposition, c'est-à-dire le sous-amendement du
député d'Oshawa, est valable. Il faut toutefois étudier et débattre les modalités de
mise en reuvre, et celles de l'amendement du député de Provencher. Je tiens à stipuler
que le gouvernement ne s'oppose pas au principe de la compensation parce que certaines
compensations sont déjà prévues dans la résolution actuelle.
Quant à approuver le principe de l'indemnisation complète, c'est une autre
affaire. L'indemnisation s'appliquerait alors à tous les pouvoirs prévus aux articles 91
et 92 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, ce qui soulève bien des problèmes,
comme le député le sait très bien. Par conséquent je crois qu'il convient de débattre
le problème plus à fond. . |